Aurélien, la montagne , ça le gagne!

Partager:

Aurélien, agriculteur de montagne, alpagiste au Cormet d’Arêches, Alpage de Plan Pichu, sur le parcours de l’UTB. Participe en relais avec sa sœur

François portraitAurélien, expliques nous ce qu’est un alpagiste, racontes nous ta journée en alpage, ton boulot.

 

Aurélien RomanetAprès plus d’une dizaine de saisons d’alpage en tant que berger sur un troupeau de 130 vaches, je passe aujourd’hui mes saisons d’été « en bas ». Je suis associé à 6 personnes dans un GAEC sur mon village (Granier) et je m’occupe des foins pendant que nos 130 vaches laitières de race Tarine pâturent les alpages de Plan Pichu.

Tarines

Le métier d’alpagiste je connais…Des journées de 15 h voire 16 h : levé 03h00 pour la traite du matin. De 7 h à 8 h pause petit déjeuner et repos, après c’est installation et retrait des parcs, donc là, on travaille le foncier et la résistance, car qu’il fasse beau, qu’il neige, qu’on soit fatigué ou qu’on ai mal aux jambes, il faut y aller !!!

Après le repas et la pause du midi on recommence la traite de l’après midi vers 14 h30 pour finir la journée vers 20h /21h. Les journées sont bien remplies !  Malgré la fatigue j’essaie de trouver un peu de  temps pour courir, même qu’une petite heure.

Agriculteur ou berger, pour moi c’est une passion, un truc que l’on a en nous, c’est beaucoup plus qu’un simple métier.

 

François portraitParles nous du fromage, le Beaufort, que tu produits avec tes associés, là haut à l’alpage de Plan Pichu. Quel sont vos rapports avec le tourisme ?

 

Aurélien RomanetLe Beaufort est un fromage à pâte pressé cuite qui a obtenu une « Appellation d’Origine Contrôlée » (maintenant AOP) depuis 1968. Il est réputé pour son goût. La pratique de l’alpage en été fait partie intégrante de l’histoire du Beaufort.  40 kg de moyenne, un talon concave caractéristique, il est produit avec le lait de nos 2 races de vaches de montagne : la Tarine et l’Abondance.

Neige

L’alpage de Plan Pichu, où nous « fabriquons » , depuis une vingtaine d’année et où j’ai été berger est au cœur de la zone d’appellation du fromage Beaufort, qui se restreint aux massifs du Beaufortain du Val d’Arly, de la Tarentaise et de la Maurienne. Le Beaufort, c’est le fruit de notre terroir. Il est attaché au territoire qui possède une flore exceptionnelle, à nos vaches rustiques, et bien entendu, aux savoir- faire ancestraux des bergers et fromagers.

Le tourisme dans tout ça… On a souvent de très bons rapports avec les promeneurs et vacanciers, même s’ils ne comprennent pas toujours notre travail (fils de parc coupés dans les chemins ou 4×4 dans les prés), certainement par manque d’informations… mais aussi parfois d’incivisme.

Et c’est toujours agréable de partager notre passion parler de notre métier. C’est aussi un échange enrichissant, savoir d’où ils viennent, ce qu’ils font, les caractéristiques de leur terroir, ça donne des idées pour partir en vacances… Parce que malgré tout, on arrive à prendre des vacances !

Echanger et s’ouvrir au tourisme c’est important, montrer que la montagne ce n’est pas que du loisir, qu’elle s’entretient, cela renforce l’image de l’agriculture de montagne. C’est aussi un moyen de transmettre, l’héritage des générations précédentes.

J’aime ce contact avec les gens, que ce soit l’été en tant qu’agriculteur ou  l’hiver en tant que moniteur de ski.

François portraitLe Cormet d’Arêches, où tu vas passer vers le trentième km de l’UTB est « frontière » entre la vallée de Tarentaise et sa concentration des plus prestigieuses stations de ski françaises et le Beaufortain, plus intimiste. De quel coté ton cœur de montagnard, penche t’il ?

Aurélien RomanetLe Cormet d’Arêches, c’est « chez moi », ça a été longtemps mon lieux de travail, aujourd’hui c’est mon terrain d’entrainement….amis coureurs de l’UTB ouvrez les yeux.  L’UTB traverse des paysages magnifiques et la portion St Guérin – Plan de la laie est un terrain de jeux incroyable. J’ai la chance de parcourir le secteur l’été en trail et l’hiver en ski de rando, notamment pendant la mythique Pierra Menta, je ne m’en lasse pas…

Aurélien Romanet neige

Alors pour répondre à la question, mon cœur de montagnard est bel est bien à cheval entre les 2 vallées. C’est vraiment cette zone intermédiaire, entre les 2 vallées, qui m’anime et me fait vibrer.

La tarentaise, j’y suis né, j’y ai grandi, on y trouve des paysages à couper le souffle quand on sait où aller. C’est aussi elle qui me fait vivre en hiver, justement grâce aux grandes stations et à leurs km de pistes. Le Beaufortain, j’y ai passé des saisons inoubliables et ça reste le rêve pour le trail et le ski de randonnée, avec ses grandes étendues vierges…

François portraitCette vie dans cet environnement montagnard plutôt difficile et rude, surtout par mauvais temps, l’échangerais tu contre une vie plus douillette ? Penses tu qu’elle est un avantage pour parcourir et réussir cet Ultra Tour ?

Aurélien RomanetDans mon métier il n’est pas rare de se retrouver avec des chutes de neige au mois de juillet, ou des dizaines de jours de pluie consécutifs à travailler en bottes et ciré les 2 pieds dans la boue pendant plus de 10 heures… Ce métier, nécessite des ressources morales et physiques,  c’est certain. On travaille l’endurance, la résistance physique, le mental, on apprend à gérer les imprévus tous les jours, surtout par mauvais temps. Mais l’échanger ? Non certainement pas …. C’est ma passion depuis tout petit, j’aime ce mode de vie.

Plan Pichu

Après que ce soit un avantage pour parcourir et réussir l’ Ultra Tour, je ne sais pas !!!

Je n’ai jamais couru plus 20 à 40 kms, donc je répondrai à la question après coup… Sur des courtes distances en tout cas, je dirai oui, c’est un avantage.

François portraitQuels conseils peux tu donner à quelques jours du départ de la course, notamment en matière de matériel obligatoire. Faut il se contenter du strict minimum ? Peut il faire froid, même par beau temps?

 

Aurélien RomanetOn le sait tous, le temps change très vite en montagne, alors oui, même par grand ciel bleu, il peut faire froid rapidement, surtout avec le vent. Après en matière de matériel je suis partagé. Il faut être bien équipé pour répondre aux exigences de la météo, sur ce point il y aura un avantage pour ceux qui connaissent très bien la montagne. Personnellement je ne suis pas fan de beaucoup  matériel obligatoire dans les trails.

François portraitComment t’entraines tu ? Des tours de piste ? ou plutôt des Kilomètres Verticaux à répétition ?

 

Mes entrainements pour être sincère, c’est plutôt du feeling, ce qui me fait le plus envie sur le moment, je n’ai pas de plan d’entrainement… avec mon travail j’essaie surtout de gérer au mieux  la fatigue qu’il me procure.

Je ne fais ni tours de stade, ni KV à répétition…

P1120185

Mes entrainements se résument à 1 à 3 sorties maxi par semaine en montagne. J’essaie de faire 1 sortie avec le club de Veo 2000-La Plagne pour travailler les intensités.

 

François portraitConcernant ta stratégie de course, avec ta sœur vous devez bien penser « à la gagne » ? ; vas tu tenter de distancer au maximum les autres duos, en profitant des 1500 mètres positifs au départ ? et elle, montagnarde aussi, tiendra t’elle la distance sur la longue portion « roulante » depuis le Col du Joly ?

 

Aurélien RomanetStratégie de course ?! Non pas vraiment…

Cette distance c’est assez nouveaux pour nous deux. Alors oui c’est sur j’aimerai faire une grosse première montée pour la mettre dans de bonnes dispositions pour son parcours, mais surtout notre objectif c’est de finir et partager ce moment ensemble.

Bon là,  à l’heure où je réponds notre participation est malheureusement remise en question, car Flora souffre  depuis 1 mois d’une tendinite au genou. Donc affaire à suivre…. Mais je n’ai aucun doute sur ses capacités, c’est une montagnarde accrocheuse qui aime se faire mal, donc si on court l’UTB je  ne m’inquiète pas pour elle, elle tiendra la cadence et je crois beaucoup en elle. Quoi qu’il se passe elle ne me décevra pas.

DSC03893

 

Finalement Flora renonce, avec beaucoup d’amertume à participer. Aurélien s’est reporté sur le solo, distance vraiment inconnue, de ses jambes. Son atout, une rusticité entretenue et entrainée par un mode de vie plutôt difficile…

Aurélien était le dernier « portraits de coureurs » de cet UTB 2014. nous les retrouverons, tous, au mois d’aout, à froid, pour commenter leurs expériences.

 

 

Partager: